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Friday, 9 March 2007

Labia, ou la cantatrice fictive

Last year, in France, Mireille Huchon, "savante et sorbonnarde" as Marc Fumaroli calls her in his review in Le Monde below, published a book about Louise Labé, putative author of a single book of poems --Œuvres de Louise Labé, Lyonnoise (I545) -- and who in recent decades has become a favorite of French departments (along with "poètes de la francophonie" and "beur culture"), not always  because of the excellence of the poems published under her name, but because of her sex. Others have had their doubts about her, for why did such a work suddenly appear, and nothing ever follow upon it? And who was this mysterious "belle cordière" Louise Labé? All such doubts have been put to rest -- that is, they are no longer doubts at all, but certainties -- by Mireille Huchon's book. Louise Labé existed, but she was not the author of "Oeuvres de Louise Labé (Lyonnoise), published in 1545. Instead, her "oeuvres" were the work of several male poets in Lyon, and at the center of their mischievous ciricle was Maurice Scève, "le Mallarmé lyonnais du XVIe siècle" (Fumaroli), master and prolific producer of the severe, happily hopeless,  no-light-at-the-end-of-the-tunnel-of-love dizain.

So-called self-described "feminists" (god knows what meaning to assign this word nowadays) or some of them, are apparently horrified by this revelation, but it is hard for them to deny the sex of Mireille Huchon, nor her own training and intelligently deployed learning. And few have been assuaged in their apparent grief by the fact that the invention of Louise Labé, or rather the attribution to a real Lousie Labé of poetry not written by her, but by a collection of well-practiced male poets, was not to mock, but rather to encourage women to write:

"Au contraire, ces lecteurs de Platon, de Ficin, de Léon Hébreu, ces disciples de la Diotime du Banquet, en prenant les devants, en inventant une « Sappho françoise » et son oeuvre lyrique, entendaient créer un exemple qui encouragerait leurs partenaires féminines à entrer hardiment, comme déjà la soeur de François Ier, Marguerite de Navarre, et comme plusieurs Italiennes, dans la lice poétique et littéraire."

Feminism, then, was part of the reason for this "géniale imposture," a feminism very much avant la lettre, apparently, but not acceptable to those who, in French departments all over America, will suddenly lose any desire to teach the poems ascribed to "Louise Labé," despite the fact that those poems remain just as wonderful as they were a year or decade ago, and have not been changed by the biographical details of the author. In an age when hypertrophied attention is paid to the race, ethnic identity, sexual oritentation, and sex of the author, and the mere words come last, such an outcome was to be expected. Those who continue to teach the poems "signed by Louise Labé" will of course be the good ones; those who drop her, for not being the woman she was cracked up to be, will identify themselves as the ideologues, who shouldn't be teaching literature, and certainly not delicate French verse of the 16th century, in the first place. Changes in the syllabus will give students and fellow faculty members a way to separate the men from the boys.

Here is the Fumaroli review of Mireille Huchon's book:

Article du Monde

Louise Labé, une géniale imposture
article paru dans l’édition du 12.05.06

Il en va de la poésie comme de la peinture. Il ne suffit pas qu’un peintre (Titien, Ingres ou Girodet) ait prêté son art à une belle nudité féminine ou masculine pour croire que ce corps déshabillé se doive de faire le même effet qu’un vidéo porno. Il ne suffit pas non plus qu’un poète (Catulle, Pétrarque ou Proust) évoque une fictive beauté cruelle pour croire qu’il raconte, en langage « codé », sa torride vie sexuelle, laquelle, « décodée » par les exégètes et traduite en médiocre prose par les biographes,dispensera leurs lecteurs naïfs d’entendre le message original. Peinture ou poésie, l’art retors a ses détours auxquels le réductionnisme décodeur ou biographique substitue des raccourcis.

Savante, mais ne s’en laissant pas conter, sorbonnarde, mais non philistine, Mireille Huchon, dans son livre Louise Labé, une créature de papier, lève le voile sur certains détours de l’art négligés par « décodeurs » et biographes. Spécialiste de Rabelais et du « beau XVIe siècle » français, Mireille Huchon rejoint les conclusions auxquelles sont parvenus les meilleurs connaisseurs actuels, un Paul Veyne, un Philip Hardie, de ces élégiaques grecs et latins que les doctes (mais facétieux) poètes de la Renaissance savaient par coeur et imitaient en connaissance de cause: leurs « cris » mélodieux de colère, de jalousie, ou de déception relèvent d’un art, d’un genre, et de leurs conventions. Les Corinne ou les Lesbie auxquelles ils les adressent sont des scriptae puellae, des « demoiselles écrites », dont l’existence, réelle ou non, importe peu au beau jeu du poème.

Pourquoi cette insincérité, ces impostures, ces trompe-l’oeil, ces jeux de masque séducteurs? Il faut s’y faire : pour la joie virtuose de jouer librement de l’ironique puissance d’illusion dont dispose sur ses lecteurs et lectrices le langage poétique, joie d’un tout autre ordre (surtout lorsqu’elle prend pour sujet et pour emblème les blessures d’Eros), que les plaisirs « vécus », sinon partagés, de l’alcôve. Pour l’Ovide des Amours qui a fait croire, au centre de sa fiction amoureuse, à une imaginaire « Corinne », le comble de l’humour est atteint lorsqu’il se surprend, jaloux de son propre succès, à redouter que ses lecteurs ne deviennent réellement amoureux de cette beauté de parchemin !

Sur cet arrière-fond d’élégie grecque et romaine, Mireille Huchon démontre que Louise Labé, la « Sappho françoise », est un « emploi féminin », inventé de toutes pièces par un groupe de poètes réuni autour de Maurice Scève, le Mallarmé lyonnais du XVIe siècle, capable tout comme le Racine de Phèdre ou le Mallarmé d’ Hérodiade de travestir sa voix pour la prêter à une grande cantatrice fictive. La démonstration de Mireille Huchon est irréfutable et réjouissante, même si elle doit faire rentrer sous terre les exégètes et les biographes qui, depuis le XIXe siècle, ont pris au pied de la lettre un double jeu poétique « de haulte gresse » dont le sel attique leur a échappé.

« LOUER LOUISE »

S’il y a querelle entre l’auteur et les derniers croyants de « Louise Labé », elle s’achèvera comme celle qui opposa, dans les années 1960, Frédéric Deloffre à Yves Florenne, celui-ci soutenant, après beaucoup d’autres, dont Stendhal, que les bouleversante s Lettres de la religieuse portugaise (1669) étaient l’oeuvre d’une soeur Mariana Alcoforado, s’adressant à un officier français qui l’aurait séduite et abandonnée, alors que Deloffre prouvait que, Mariana ou non, ces Lettres étaient l’exercice littéraire, imité des Héroïdes d’Ovide, d’un gentilhomme français fort lettré, Guilleragues. De sa vie celui-ci n’avait mis les pieds au Portugal, mais il était des amis intimes de Molière, lequel est l’auteur, comme chacun sait, d’autres plaintes amoureuses sublimes, telles celles d’Elvire dans Dom Juan (1663).

Les poètes qui, avec Scève et son brillant éditeur Jean de Tournes, ont composé les Œuvres de Louise Labé, Lyonnoise (I545), qui ont concouru à célébrer cette Sappho imaginaire dans une « guirlande » qui occupe la moitié du recueil, qui ont fait exécuter la même année, par un excellent graveur, un portrait de la fictive poétesse (non joint à ce livre), n’avaient nullement en tête de gagner une bataille dans la « guerre des sexes ». Au contraire, ces lecteurs de Platon, de Ficin, de Léon Hébreu, ces disciples de la Diotime du Banquet, en prenant les devants, en inventant une « Sappho françoise » et son oeuvre lyrique, entendaient créer un exemple qui encouragerait leurs partenaires féminines à entrer hardiment, comme déjà la soeur de François Ier, Marguerite de Navarre, et comme plusieurs Italiennes, dans la lice poétique et littéraire.

Dès 1542, Clément Marot incitait en vers ses confrères lyonnais à « louer Louise », jeu de syllabes comme les poètes d’alors les adoraient, et qui équivaut au « laudare Laura » de Pétrarque. Cela revenait à leur proposer,pour exercice de leur talent, de créer une autre Laure, rivalisant avec la fascinante « demoiselle de papier » du Canzoniere italien. La Laure poétique de Pétrarque n’avait jamais eu qu’un rapport tout nominal avec Laure de Noves, puis de Sade, pas plus que la « Délie » de Scève (1544) avec une inspiratrice improbable.

Exista-t-il à Lyon une Louise Labé qui n’a pas laissé d’autres traces littéraires que le petit recueil de 1545 et les jeux de mots (Labe-rinte, La-soif de bai-sers) auxquels ce nom se prêtait? Faut-il l’identifier à la courtisane lyonnaise que l’on appelait «la belle Cordière»? Sauf un nom et un surnom, elles sont restées toutes deux de parfaites inconnues. L’une ou l’autre ne furent jamais, au mieux, que des prétextes. Scève et ses amis, Olivier de Magny (auquel on a, au XIXe siècle, prêté, comme à Marot, une ardente liaison avec l’imaginaire Sylphide lyonnaise), Jacques Peletier du Mans, Guillaume des Autels, entre autres, ont donné un tour d’écrou supplémentaire à l’antique puella scripta du désir élégiaque. Non contents de « louer Louise », ils se sont employés à lui prêter le talent dont ils la louaient, réunissant sous son nom une exceptionnelle offrande lyrique.

A la même époque, à Lyon, un descendant de Laure de Sade publiait un recueil de poèmes en réponse au Canzoniere : il les attribuait à ladite Laure. L’éditeur et ami de Scève, Jean de Tournes, attribuait au poète la découverte en 1533 du tombeau de Laure, d’où il aurait tiré un sonnet manuscrit et inédit de Pétrarque. Autant de supercheries qui trompaient sans tromper personne, dans ce milieu de littérature raffinée. Les grands rhétoriqueurs lyonnais de l’amour n’ignoraient rien ni des paradoxes cruels et facétieux dont Eros, « le petit dieu félon » (Montaigne dixit), est fertile, ni surtout des délices et déceptions dont le langage est capable lorsqu’il est chauffé à blanc.

Exit Louise Labé. Mais la mince brochure (un superbe dialogue en prose de Folie et Amour, trois élégies, vingt-trois sonnets déchirants) qui a suffi,avec les éloges d’un choeur de poètes, à faire exister une personnalité poétique hors pair, ne perd rien au change. Au contraire, ce que ce recueil abandonne dans l’ordre romantique de la « sincérité », il le gagne dans l’ordre du sentiment de l’art, de sa puissance à prêter la parole à l’éternelle violence androgyne du désir, mais aussi de l’ironie supérieure avec laquelle il se joue et se moque de sa propre puissance d’illusion et de
déception. Merci, Madame.
Marc Fumaroli

If, by the way, you are starting to think, from what is currently on offer in so many  French departments in American colleges and universities, that French literature consists in the main of  Talal Ben Jelloun and M'Bala M'Bala Dieudonne (oh, that's not literature, of course, but it is representative of something much more important, something we teach in literature departments and call ""French culture"),  with Montaigne, La Fontaine, Chateaubriand, Victor Hugo, and even Proust all squeezed into a single survey course, you are not wrong. And that is why the French departments are themselves in a state of intellectual desarroi, and decline, with students fleeing. But give those would-be students of literaure just a crack at something good, something old-fashioned -- a course offered on Dante this year by a visiting professor at Harvard, for example, was expected to attract 30 students but 300 showed up -- and the results will astonish. But so many ideologues, hired over the past twenty years by other ideologues, and promoted by them (it's a racket, with the hiring-and-promotion decisions so often smacking of meetings of the Ravenite Social Club), are not about to admit into their ranks those who might  think it a matter of indifference that Louise Labé is a "cantatrice fictive" and that, once again, it was time to turn to the poems themselves,  published under that name, with only brief attention paid to her "invention" by male poets, and not at all to the previous emphasis on Labe the Woman Poet.

And so the thirst is not slaked: les étudiants meurent de soif auprès de la fontaine.

Posted on 03/09/2007 8:50 AM by Hugh Fitzgerald
Comments
9 Mar 2007
Send an emailMary Jackson

Another Dalrymplian Imaginary Scandal.



9 Mar 2007
Hugh Fitzgerald
No. You have misunderstood completely.

9 Mar 2007
Send an emailMary Jackson

The Dalrymple article I referred to talked about a case where a book that was admired when it was thought to be written by a woman was rejected by horrified feminists when it was found to be written by a man.

Isn't there at least some parallel here? Please explain. My tiny mind can't cope.




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